La Place des femmes dans la musique de l'Antiquité au début du XXIème siècle
Cours d'histoire de la musique
Cours d'histoire de la musique
Quelle est la place des femmes dans la musique depus l'Antiquité, telle est la question à laquelle répond ce parcours musical qui propose une exploration complète de l’histoire des femmes dans la musique à travers les siècles et les pays.
Ces 5 cours, destinés aux élèves de "Connaissance de la musique" de l'Association Philotechnique, ne se contentent pas d'étudier la place faite aux compositrices qui ont produit un corpus digne d'intérêt. Ils s'intéressent également aux femmes qui ont joué un rôle important dans le monde musical, mécènes, muses, épouses de compositeurs.
Ils couvrent la période allant de l'Antiquité au début du XXIème siècle.
Leur périmètre géographique très large compte l'Europe occidentale, l'Europe centrale, la Russie et, à partir du XXème siècle, le reste du monde.
Ils ont été rédigés avant la parution du très complet ouvrage de Guillaume Kosmicki, Compositrices - L'histoire oubliée de la musique et n'ont pas la prétention d'être exhaustifs.
****************
Les femmes compositrices et cheffes d'orchestre sont (presque) considérées comme les égales des hommes depuis très peu de temps. Plus encore que les autres femmes elles ont pâti du poids des préjugés et ont dû suivre un parcours du combattant.
Longtemps l'Eglise a mis en garde contre la femme musicienne. « Ne fréquente pas la chanteuse, de peur que tu ne sois pris dans ses rets. » nous prévient L'Ecclésiastique (IX, 4). La phrase de Paul « Que les femmes se taisent dans les assemblées » ( I Cor 14, 34) a été interprétée comme s’appliquant au chant féminin à l'église. Les femmes ont été exclues des chœurs liturgiques jusqu'au Concile Vatican II (1962 - 1965).
Lorsque l’étau de la religion s'est desserré et qu’il est devenu de bon ton pour les femmes nobles de faire de la musique, les règles de bienséance sont venues limiter cette pratique. Les préjugés, variables selon les époques et les pays concernés, ont fait que l’on estimait peu convenable pour les femmes de devenir musicienne. La musique devait rester un art d'agrément qui permettait de contracter un bon mariage. Les femmes ne devaient pas jouer en public et les instruments sur lesquels elles pouvaient jouer étaient limités. La flûte aurait enlaidi les femmes. La harpe et la viole de gambe devaient être jouées en amazone.
D'ailleurs les femmes n'auraient pas les mêmes aptitudes que les hommes. Au temps des Lumières, Diderot, dit dans l’Encyclopédie : « Les hommes par la prérogative de leur sexe et par la force de leur tempérament sont naturellement capables de toute sorte d’emploi et d’engagement au lieu que les femmes du fait de la fragilité de leur sexe et de leur délicatesse naturelle sont exclues de plusieurs fonctions et incapables de certains engagements. » Ce qui justifiait qu'elles n'eussent pas le même enseignement.
Les institutions destinées à donner une formation musicale, maîtrises, écoles de chant, conservatoires, étaient réservées aux garçons. Les femmes n’y avaient pas accès et elles devaient se contenter d’une formation inférieure, ce qui ne leur permettait pas, à talent égal, de fournir des œuvres de qualité comparable. Il a fallu attendre 1795, en France, pour que le Conservatoire de musique admette des jeunes filles, et encore dans certaines classes seulement.
On en a déduit un peu hâtivement, que les femmes avaient moins de talent que les hommes.
On leur déniait tout génie, comme Rousseau : « Les femmes en général n’aiment aucun art, ne se connaissent à aucun et n’ont aucun génie. Elles peuvent acquérir des talents et tout ce qui s’acquiert à force de travail mais ce feu céleste, ce génie, manqueront toujours aux écrits des femmes ».
Les compositrices qui persévérèrent durent se battre pour se faire jouer, être publiées et reconnues. Si elles étaient appréciées de leur vivant, elles étaient oubliées une fois mortes, et les musicologues n'en parlaient pas dans leurs écrits.
Depuis les années 1960 et surtout depuis 2000 on les redécouvre. On note même un certain engouement, voire une mode, allant parfois jusqu'à une discrimination positive.
Mais leur discographie reste très incomplète, ce qui ne permet pas de juger de l'étendue de leur talent, d'autant que les disques qui leur sont consacrés ne sont pas toujours gravés par les meilleurs interprètes.
Doit-on pour autant donner raison à Rousseau ?
Heureusement les compositrices actuelles démontrent que, si elles bénéficient des mêmes chances que leurs homologues masculins, les femmes ont les mêmes aptitudes et le même génie qu'eux.
L'iconographie nous prouve que dès l'Antiquité les femmes jouent de la musique.
Le panthéon grec attribue la musique à une fille de Zeus, Euterpe, mais c'est Calliope, la muse de la poésie qui engendre Orphée, le père des musiciens. Sapho, une poétesse qui s'accompagne de sa lyre sur l'île de Lesbos, est considérée par Platon comme la dixième muse.
Si on se tourne vers le monde chrétien, on peut voir que, dès la fin du XIIe siècle, la vierge Marie est représentée entourée d'anges musiciens ou chanteurs et que Sainte Cécile, martyre morte en 230, est choisie pour être la patronne des musiciens.
Les jeunes femmes qui entrent dans les ordres bénéficient de l’enseignement d’un maître de musique et peuvent s’exercer à la composition, à condition de s’en tenir au domaine sacré et à la seule gloire du tout puissant. Quelques compositrices ont pu être identifiées.
Cassienne de Constantinople (vers 810 - 865) choisit de devenir moniale plutôt que d'épouser le jeune empereur Théophile et nous laisse les manuscrits de plusieurs hymnes. La mère abesse Hildegarde Von Bingen (1098 – 1179) attribue à la musique une place particulière parce que le corps étant réceptif aux vibrations de la musique, les mots s’insinuent plus facilement dans l’âme. Sa musique se distingue par l’étendue de ses registres et la courbe de sa mélodie, plus sinueuse, plus rythmique que celle composée à son époque. Des compositrices contemporaines comme Sofia Goubalouïdina ou Edith Canat de Chizy lui ont rendu hommage.
Dans l’Occident des XIIème et XIIIème siècles on trouve, dans le sud occitan de la France, les premières compositrices de musique profane, les trobairitz ou troubadouresses. Ce sont des poétesses, issues de la noblesse. On peut citer Beatritz de Dia, Beatritz de Romans, Azalaïs de Porcairagues, ou Na de Casteldoza.
On a peu de traces de compositrices aux XIVème et XVème siècle. Notre étude fait donc un saut jusqu'au XVIème siècle.
1.3.1. En Italie
Dans la sphère publique, on peut citer Maddalena Casulana (1544 – 1590) qui est la première compositrice à avoir été publiée, Francesca Caccini (1587 – 1641) qui a composé le premier opéra attribué à une femme, La Liberazione di Ruggiero dall'isola d'Alcina, Barbara Strozzi (1619 – 1677), Antonia Bembo (1643 – 1715), dont on donne l'Ercole Amante à l'Opéra Bastille en mai 2026, et Camilla de Rossi (1670 – 1710), connue pour ses oratorios donnés à la cour de Vienne.
Parmi les religieuses on trouve Gracia Baptista ( - 1557 -), Chiara Maria Cozzolani (1602 – 1676/78), Isabella Leonarda (1620 – 1704) qui est l'une des premières compositrices à publier des sonates pour 1, 2, 3 et 4 instruments et Bianca Maria Meda (1665 – 1700).
Citons également la reine Christine de Suède (1626 – 1689) qui, installée à Rome, aide de nombreux compositeurs comme Stradella, et parvient à faire ouvrir en 1671 le premier théâtre public, le Tordinona, où les femmes sont autorisées à chanter, pour peu de temps malheureusement. C'est une actrice majeure de la vie musicale à Rome.
1.3.2. En France
Elisabeth Jacquet, devenue par son mariage Jacquet de la Guerre (1665 - 1729), est une jeune prodige qui joue du clavecin à la cour dès l'âge de cinq ans, et qui bénéficiera toute sa vie de la protection de Louis XIV. Elle innove en composant des pièces où le clavecin, traité en instrument soliste, est accompagné de la flûte ou du violon. Dans ses sonates elle unit le style français au style italien.
Pour une analyse plus détaillée, cliquez sur Voir le cours.
Dès le début du XVIIIème siècle, quelques femmes font une carrière d'instrumentistes. En France le Concert Spirituel permet d’entendre des femmes flûtistes comme la française Mademoiselle Taillard ou la russe Mademoiselle Mudrich et même une corniste en provenance de Bohême, Mademoiselle Pokorny.
La sœur de Frédéric II de Prusse, devenue par son mariage Wilhelmine von Bayreuth ( 1709 - 1754), apprend la composition et offre à son mari, pour son anniversaire, un opéra, Argenore. Elle fait construire un opéra baroque où se donne depuis quelques années un festival. La nièce de Frédéric II de Prusse, devenue par son mariage Anna Amalia de Saxe Weimar Eisenach (1739 – 1807), met en musique le poème Erwin et Elmire de Goethe et compose une symphonie, de la musique de chambre, de la musique vocale sacrée, un opéra et même une opérette.
Maria Teresa Agnesi (1718 - 1785) qui nait à Milan, alors sous domination autrichienne, rencontre plus de succès à Vienne et à Dresde que dans sa ville natale. Elle compose plusieurs opéras. Marianna Martines (1744 - 1812) bénéficie de la protection du grand librettiste Métastase, ami de son père. Restée célibataire, elle tient à Vienne un salon musical fréquenté par Haydn et Mozart. Elle compose quelques 200 œuvres et Deezer lui fait l'honneur de 3 CD. Il faut citer aussi Constance Mozart (1762 - 1842) qui s'est battue pour faire reconnaître le génie de son mari.
Les quatre Ospedali vénitiens forment des orphelines douées pour la musique. Elles chantent à ravir, jouent de tous les instruments, ce qui s'entend dans les différents concertos d'un de leur plus illustres maîtres, Antonio Vivaldi. Maddalena Lombardini (1745 - 1818) est une de ces élèves. Elle fait une brillante carrière de violoniste avec son mari Ludovico Sirmen. Elle compose de nombreuses œuvres pour violon et de la musique de chambre.
Avant la Révolution, deux femmes retiennent l'attention. Marie Justine Favart (1727 - 1772), danseuse et actrice, qui compose des opéras comiques et révolutionne l'art du costume. Marie Antoinette (1755 - 1793), grande musicienne, qui fait venir Gluck à Paris, ce qui va donner une nouvelle orientation à l'opéra français. Pendant la Révolution, le Conservatoire de musique, créé en 1795, ouvre ses portes aux femmes. On compte de nombreuses librettistes ou compositrices d'opéras comiques. La virtuose du piano, Hélène de Montgeroult (1764 - 1836), surnommée "La Marquise de la Marseillaise", y enseigne. Elle compose des Sonates et 114 Etudes et publie un « Cours complet en trois volumes pour l’enseignement du fortepiano » en 771 pages .
Pour une analyse plus détaillée, cliquez sur Voir le cours.
Les femmes sont très présentes dans la vie musicale et on trouve de plus en plus de solistes qui font une carrière internationale. Au piano citons l’allemande Clara Schumann (1819 – 1896), au violon la française Camille Urso (1840 – 1902) et l’américaine Maud Powell (1867 – 1920) qui arrive à vaincre les préjugés de Gustav Mahler, au violoncelle la française Lise Cristiani (1827 – 1853) qui joue jusqu’aux confins de Sibérie.
Si les compositrices réussissent à faire jouer leurs œuvres et même à les diriger, leur parcours reste difficile, même si elles ont la chance d’avoir un mari qui soutient leurs aspirations comme les françaises Louise Farrenc (1894 – 1875) et Clémence de Grandval (1828 – 1909) ou choisissent de rester célibataires, comme les allemandes Emilie Mayer (1812 – 1883) et Luise Adolpha le Beau (1850 – 1927) ou encore la suédoise Elfrida Andrée (1841 – 1929), qui se bat pour faire évoluer la législation de son pays.
Toutes doivent lutter pour être reconnues, et ce, même en France, pays où la situation faite aux compositrices est sans doute la plus favorable.
Si elles produisent désormais des symphonies, elles ont plus de mal à connaître le succès avec leurs opéras. Louise Bertin (1805 – 1877) en fait la triste expérience avec l'échec de La Esmeralda. Elle renonce alors à la scène lyrique et se tourne vers la poésie.
Pour pouvoir faire une carrière de virtuose, la polonaise Maria Szymanowska (1789 - 1831) divorce. En 1822, elle devient pianiste de la cour de Russie, pour laquelle elle compose, donne des concerts et au sein de laquelle elle enseigne la musique. Ses compositions, notamment ses Etudes, annoncent le style de Chopin, qui n'est pas né ex nihilo.
Ella von Schultz (1846 - 1926), alias Adaïewsky, est surtout connue pour ses travaux en ethnomusicologie.
Toujours en Russie, la richissime Baronne von Meck (1831 – 1894) assure des revenus substantiels à Tchaïkovski, qui en profite sans trop de scrupules.
La sœur de Félix Mendelssohn, Fanny (1805 - 1847), bénéficie du même enseignement que son frère et manifeste les mêmes dons musicaux que lui. Mais son père lui interdit de se consacrer à la musique. Son mari, le peintre Wilhelm Hensel, la pousse à composer et l'incite à publier ses œuvres après la mort de celui-ci, malgré les réserves de Félix. Mais elle meurt à son tour, peu de temps après.
A l'inverse, le père de Clara Schumann ( 1819 - 1896) la pousse à devenir pianiste professionnelle et compositrice, et s'oppose à son mariage avec Robert. Mère de huit enfants, elle fait une carrière de virtuose, mais écrasée par le génie de son mari, elle ne trouve pas sa place en tant que compositrice.
Emilie Mayer (1812 - 1883) a la possibilité et la sagesse de rester célibataire. Surnommée la "Beethoven au féminin", on lui doit huit symphonies, huit sonates pour violon, douze quatuors à cordes, un concerto pour piano, des trios, quintettes, un opéra et une quinzaine d’ouvertures pour orchestre. Mais elle ne trouve pas d'éditeur et on l'oublie après sa mort.
Luise Adolpha Le Beau (1850 - 1927) choisit elle aussi le célibat. Elle acquiert une renommée certaine à Munich, puis à Baden Baden, grâce à l'appui de Grande Duchesse. Elle ouvre une Ecole de musique destinée à former des professeures de piano. Elle évoque dans ses Mémoires les embûches du métier de compositrice.
La princesse Carolyne de Sayn-Wittgenstein (1819 - 1887), deuxième maîtresse en titre de Liszt, le retient à son bureau pour qu'il compose. Sans son insistance Berlioz n'aurait peut-être pas composé Les Troyens.
Cosima Wagner (1837 - 1930), décharge son mari de tout souci matériel et défend le Festival de Bayreuth jusqu'à sa mort.
Elfrida Andrée (1841 - 1929) a la chance d'avoir l'appui de son père, libéral et favorable à l'émancipation des femmes. Reconnue comme la plus grande organiste de Suède, elle devient, à force de persévérance, la première femme à tenir l'orgue d'une cathédrale. Elle entame aussi une carrière de chef d'orchestre à la tête des Concerts populaires de l'Institut des travailleurs de Göteborg. Elle mène en parallèle une carrière de compositrice avec deux symphonies, de la musique de chambre, des oeuvres chorales, une suite tirée d'un opéra. Pour la Conférence pour le droit de vote des femmes de 1911 qui se tient à Stokholm, elle compose la Cantate « droit de vote » pour chœurs, solistes et orchestre.
Pour protester contre la domination autrichienne, le seul genre musical reconnu est l'opéra. Composer de la musique de chambre ou de la musique symphonique revient à faire preuve de sympathie pour l'Autriche.
C'est ce que fait Francesca d’Adda (1794 – 1877), qui compose de la musique de chambre avec piano. Par contre Carlotta Ferrari (1837 – 1907) produit plusieurs opéras qui obtiennent un succès d'estime mais dans des salles secondaires.
La Strepponi (1815 - 1897), diva qui a lancé Verdi et est devenue sa deuxième femme, fait de lui un homme d'affaires avisé et raffiné. Pour la "remercier" il lui impose un ménage à trois avec la cantatrice Teresa Stolz (1834 - 1902).
La littérature francophone qui nourrit ce cours donne la part belle aux compositrices françaises.
Les conditions faites aux compositrices s’améliorent au cours du siècle. Le Conservatoire ouvre aux femmes sa classe de composition en 1850 et deux classes d’harmonie en 1878. La Schola Cantorum créée en 1894, traite les femmes sur un pied d’égalité avec les hommes. La Société nationale de musique, créée en 1871 pour favoriser la musique française, met à son programme des oeuvres de compositrices.
Louise Farrenc (1804 - 1875) a la chance d'avoir un mari éditeur qui publie ses oeuvres. Malgré le soutien de Joachim et de Fétis, elle peine à faire jouer ses compositions, parmi lesquelles trois symphonies, et ne passe pas la postérité.
Louise Bertin (1805 - 1877) compose plusieurs opéras et Victor Hugo accepte même d'écrire le livret de La Esmeralda, d'après son roman Notre Dame de Paris. Victime d'une cabale, l'opéra ne tient que 6 représentations. Louise renonce à la scène lyrique;
Clémence de Grandval (1828 - 1907) a elle aussi un mari qui la soutient. Elle contribue au financement de la Société nationale de musique, qui en retour fait jouer ses oeuvres. Sa musique est solide mais peu innovante et n'est pas reconnue à sa juste valeur. Le Münchner Rundfunkochester vient d'enregistrer son opéra Mazeppa (1892).
Marie Jaëll (1846 - 1925), pianiste professionnelle renommée, n'est pas satisfaite de son jeu. Quand elle entend Liszt, elle a une révélation. Elle met au point une méthode d'apprentissage basée sur le toucher. Mais elle préfère composer. Ses oeuvres, essentiellement pour piano, prolongent l'oeuvre de Liszt.
Augusta Holmès (1847 - 1903) fait partie de "la bande à Franck". Dotée d'une forte personnalité, elle enfreint les codes imposés aux femmes aussi bien dans sa vie privée que dans sa carrière musicale. Sa musique, énergique, ne donne pas dans la demi mesure. Elle a du panache. Malgré l'échec de son opéra La Montagne noire, c'est une compositrice très en vue, grâce notamment à ses poèmes symphoniques patriotiques, Irlande et Pologne. C'est son Ode triomphale en l’honneur du centenaire de 1789 qui gagne le Concours de la Ville de Paris.
Cécile Chaminade (1857 - 1944) doit attendre la mort de son père pour entamer ouvertement une carrière de pianiste professionnelle et de compositrice. Elle est la première musicienne à recevoir la Légion d'honneur. Sa musique s'inscrit dans la tradition française.
Mélanie Bonis (1858 - 1937) signe ses partitions Mel Bonis. Destinée à être une simple couturière, elle entre dans la classe d'harmonie du Conservatoire, grâce à un ami de ses parents. Sa famille l'oblige à épouser un riche veuf plus âgé qu'elle. Elle peut composer et se produire, mais dans certaines limites. Sa musique, très bien écrite et variée, dévoile une grande sensibilité.
Rita Strohl (1865 - 1941) est née dans un milieu d'artistes. Elle entre au Conservatoire à l'âge de 13 ans. Rebelle et peu mondaine, sa production musicale, pourtant conséquente et innovante, ne rencontre pas l'audience qu'elle mérite.
La très belle Comtesse Greffulhe (1860 - 1952), dont le rire a inspiré Proust pour décrire la Duchesse de Guermantes, lève des fonds pour créer des spectacles. Elle fait venir à Paris Les Ballets russes, et fait représenter Tristan et Isolde et Le Crépuscule des Dieux de Wagner, ainsi que Béatrice et Bénédicte de Berlioz.
Pour une analyse plus détaillée, cliquez sur Voir le cours.
Les femmes musiciennes bénéficient de conditions meilleures : les conservatoires font moins de discrimination, un plus grand nombre de femmes se font applaudir comme solistes, prennent la baguette, surtout pour diriger leurs oeuvres. On voit apparaître des orchestres féminins. On peut estimer à 15% le pourcentage de femmes compositrices nées à partir de 1900.
Alma Schindler (1879 - 1964) doit renoncer à composer lorsqu'elle épouse Gustav Mahler en 1902. Quand ce dernier s'aperçoit qu'elle a du talent, les conditions ne sont plus remplies pour qu'elle se remette à la composition.
Malgré sa mort prématurée, Vita Kaprolova (1915 - 1940) laisse un corpus digne d'intérêt. Son séjour à Paris, où elle rencontre Bohuslav Martinu (1890 - 1959), lui permet de développer un langage musical propre, entre impressionnisme, polytonalité et folklore tchèque.
En 1917, Janacek (1854 – 1928) s’éprend d’une jeune femme de 26 ans, Kamila Strösslova (1891 - 1925). Elle est mariée et ne répondra jamais à ses avances. Mais cet amour platonique lui inspire ses plus belles oeuvres.
Dora Pejacevic (1885 - 1925) aurait pu mener une vie oisive si elle n'avait pas la musique "dans la peau". Elle meurt prématurément, au moment où elle quittait le postromantisme pour adopter un style plus moderne. Sa discographie chez Deezer est impressionnante.
Henriëtte Bosmans (1895 - 1952) mène de front une carrière de concertiste et de compositrice. Elle aussi se dégage du postromantisme et s'engage sur une voie plus personnelle. Deezer lui consacre une discographie conséquente.
Ethel Smyth (1858 - 1944) n'a de cesse que ses parents la laissent entrer au Conservatoire de Leipzig. Son opéra The Wreckers (Les Naufragés), créé en 1906 à Leipzig, est considéré comme l'opéra anglais le plus important composé dans la période allant de Purcell à Britten. Deezer lui réserve un accueil très favorable.
La littérature francophone qui nourrit ce cours donne la part belle aux compositrices françaises.
*************
En 1903, le Prix de Rome est ouvert aux femmes, et elles ne s'en privent pas.
La première primée, Lili Boulanger (1893 - 1918), laisse de belles compositions malgré sa mort prématurée. Viennent ensuite Marguerite Canal (1890 - 1979), quelque peu oubliée, Jeanne Leleu (1898 - 1979) redécouverte récemment, Elsa Barraine (1910 - 1999), qui laisse une oeuvre forte et reconnue, et Yvonne Desportes (1907 - 1993), qui n'est pas très en vue.
Certaines compositrices non primées sont remises à l'honneur, comme Charlotte Sohy (1887 - 1955). Germaine Tailleferre (1892 - 1893), qui a appartenu au Groupe des Six, est plus connue, malgré la légèreté de sa musique. Claude Arrieu (1903 - 1990) est pratiquement oubliée.
D'autres femmes ont marqué le monde musical. Nadia Boulanger (1887 - 1979), sœur de Lili, grande pédagogue, a formé de nombreux compositeurs ayant pignon sur rue. L'héritière des entreprises Singer, devenue la Princesse de Polignac (1865 - 1943), a soutenu par ses commandes de nombreux compositeurs. Parmi les nombreux ballets commandés par la danseuse Ida Rubinstein (1885 - 1960) on trouve le Boléro de Ravel. La Comtesse Pastré a aidé de nombreux musiciens juifs à quitter la France et a cofondé le Festival d'Aix.
Les compositrices allemandes composent une musique plus moderne que leurs homologues françaises. Elles sont directement influencées par l’atonalité et le sérialisme de la Seconde Ecole de Vienne qui ne commencent à gagner la France qu’après 1950. Par contre, du fait des exigences de la musique allemande, elles sont moins nombreuses que les françaises. On retrouve certaines d'entre elles aux Etats Unis.
La compositrice austro allemande Grete von Stieritz (1899 - 2001), insensible aux modes et désireuse de trouver son propre mode d’expression, adopte un modernisme expressionniste modéré et s'accommode du régime nazi.
Ruth Zechling (1926 - 2007), originaire de Saxe, fait une partie de sa carrière en Allemagne de l'Est, sans en pâtir. Elle pratique un modernisme modéré et considère Bach comme son modèle.
Grazyna Bacewicz (1909 - 1969) doit une partie de sa notoriété à son séjour à Paris, où elle se forme auprès de Nadia Boulanger. Elle est une vitrine pour le régime socialiste, soucieux de promouvoir des femmes talentueuses.
L'allemande Johanna Beyer (1888 - 1944) compose une musique expérimentale et a l'intuition d'une musique électronique.
Ruth Crawford Seeger (1901 - 1952) est d'abord influencée par Scriabine puis adopte le sérialisme dès son Quatuor à cordes (1931). Elle s'intéresse aussi au folklore américain et fait des arrangements de chants populaires.
Ursula Mamlok (1923 - 2016), partie d'Allemagne pour échapper au régime nazi, adopte un sérialisme modéré.
Pour une analyse plus détaillée, cliquez sur Voir le cours.
La situation s'améliore pour les femmes musiciennes.
Le principe du paravent, utilisé pour la première fois en 1950 par le Boston Symphony Orchestra, dissimule le sexe des musiciens recrutés, à condition qu'il cache les pieds et qu'il ne soit pas utilisé seulement au premier tour !
Les cheffes d'orchestre arrivent à être assistantes de chefs réputés ou cheffes invitées, mais ont encore du mal à être nommées à la tête de formations fixes. Certaines, comme Laurence Equilbey, fondent leur propre orchestre.
La rupture intervenue dans la musique, qui désormais tourne le dos au système tonal et explore des voies nouvelles sans qu'un modèle domine - sérialisme, musique spectrale, électro acoustique, électronique, informatique musicale - met compositeurs et compositrices sur un pied d'égalité et donne une grande liberté dans le choix des langages utilisés, ce qui les rend inclassables et difficiles à décrire.
Les compositrices du XXIème siècle qui sortent du lot sont mises à l'honneur dans les festivals de musique contemporaine, comme le Festival Présences qui se tient chaque année à Radio France.
Mais leur discographie, souvent très embryonnaire, ne permet pas toujours de se faire une idée de leur musique.
Les compositrices citées ci-après sont essentiellement des françaises ou des étrangères qui se sont installées en France après leurs études. Elles sont classées d'après leur pays de naissance. En sont exclues les nombreuses compositrices de musique électro acoustique, celles qui sont restées attachées à l'esthétique du XXème siècle ou celles qui utilisent un langage très différent de celui pratiqué en Europe, comme les compositrices américaines.
Le Prix de Rome est remplacé en 1968 par un séjour à la Villa Médicis, attribué sur dossier à des candidats, quelle que soit leur nationalité.
Dans l'ensemble les compositrices françaises nées avant 1960 résistent aux sirènes de la modernité, sans toutefois les dédaigner, et trouvent leur propre voie. Le cursus de composition et d'informatique musicale de l'IRCAM créé en 1990 séduit les compositrices plus jeunes, qu'elles soient françaises ou étrangères. Elles tournent définitivement le dos à la mélodie et à l'harmonie pour adopter des strucutres timbriques complexes et très personnelles. La musique change de nature.
***************
La franco américaine Betsy Jolas (1926 - ) mène de front une carrière de professeure au CNSM de Paris, de chargée de programmation à l'ORTF et de compositrice. Elle est lauréate du Concours International des jeunes chefs d'orchestre en 1953, mais ne poursuit pas dans cette voie. Indépendante, refusant de rompre avec le passé, Betsy Jolas s’éloigne progressivement des nouvelles normes en matière musicale, et notamment du sérialisme. Fascinée par le contrepoint, les timbres inhabituels, la voix et ses qualités expressives, Betsy Jolas cherche à rendre floue la frontière entre la voix et l’instrument.
Thérèse Brenet (1935 - ) obtient le Grand Prix de Rome en 1965 et nous laisse un témoignage intéressant de son passage en loge http://www.musimem.com/brenet.htm. Elle se consacre à l'enseignement et à la composition. Elle refuse tout système et préfère se laisse guider par son inspiration. Sa musique est ample et lyrique.
Monic Cecconi Botella (1936 - 2025) est lauréate du Premier Grand Prix de Rome en 1967. Elle se fait remarquer par la rigueur de son enseignement. Cofondatrice de l’Ensemble L'Itinéraire avec Tristan Murail et Roger Tessier, elle développe tout au long de sa carrière une œuvre personnelle, où prédomine la voix. Installée à Gordes en 2002, elle crée l'association Les Saisons de la voix, et organise de nombreuses manifestations dans le Luberon.
Michèle Reverdy (1943 - ) enseigne l'analyse musicale au CNSM de Paris et anime des émissions sur les compositeurs contemporains sur France Musique. Composer représente pour elle une nécessité intérieure à laquelle elle ne peut se soustraire. Dans son ouvrage, Composer de la musique aujourd'hui, paru en 2006, elle écrit qu'elle a besoin de déterminer la totalité de la structure de son oeuvre avant d'en coucher la musique. Elle la vérifie d'abord au piano puis sollicite l'avis de ses interprètes de prédilection pour son instrumentation. Elle reçoit le Grand Prix de la musique symphonique de la Sacem pour l'ensemble de son oeuvre en 2013.
Graciane Finzi (1945 - ) enseigne au CNSM de Paris et reçoit de nombreuses commandes. Sa musique d'abord tendue et abrupte, devient plus lyrique et plus ample à partir de son Concerto pour piano de 1997. En 2001, elle reçoit le Grand Prix de la musique symphonique de la Sacem pour l'ensemble de son oeuvre.
Edith Canat de Chizy (1950 - ) poursuit en parallèle des études de philosophie à la Sorbonne et de musique au CNSM de Paris, où elle obtient 6 premiers prix. Elle enseigne au CRR de Paris et reçoit de nombreuses commandes. Réfutant tout système, elle reste en marge des courants institutionnels, même si elle recourt parfois à l'électronique. Ni sérielle, ni spectrale, elle pense timbre plutôt que hauteur et donne la primauté au matériau. Elle dit « Je ne me définis jamais comme compositrice mais comme compositeur. Il est regrettable que le français ne connaisse pas le genre neutre. Le féminisme est un combat qui ne me concerne pas » et « Ma musique est faite pour parler à l’imaginaire. C’est peut-être pour cela qu’elle est bien reçue du public ».
Florence Baschet (1955 - ) s'inscrit résolument dans la modernité. Sa formation à l'IRCAM la conduit à travailler sur l'interaction entre l'électronique et le geste instrumental. Elle reçoit des commandes de L'IRCAM et de l'Ensemble l'Itinéraire.
Suzanne Giraud (1958 - ) baigne dans la musique et la poésie dès sa plus jeune enfance. Sa formation la met en contact avec toutes les tendances nouvelles, sérialisme, musique spectrale, électroacoustique, électronique, informatique musicale. Mais elle n'est prisonnière d'aucun système et réinvente son écriture à chacune de ses oeuvres. Sa musique, plus énergique que lyrique, fonctionne par juxtaposition de blocs sonores plutôt que par flux et donne de l'importance au timbre. Elle est exigeante pour les instrumentistes. Suzanne Giraud est admise à la Villa Médicis en 1984.
Claire Mélanie SInnhuber (1973 - ) est pensionnaire à la Villa Médicis de 2010 à 2011. Elle approfondit avec les interprètes les possibilités de leurs instruments, et privilégie les sonorités liées au souffle ainsi que les sons percussifs. Construites à partir d’un matériau sonore réduit, ses compositions témoignent d’une prédilection pour les textures transparentes et combinent bruits et notes. Elle collabore volontiers avec d’autres formes d’art tels que le cinéma, le spectacle multimédia, le théâtre et la danse.
Clara Olivares (1993 - ) suit le cursus de Composition et d'Informatique musicale de l'IRCAM. Elle utilise l'électronique pour prolonger les effets de la voix et des instruments .
Sofia Goubaïdoulina (1931 - ) subit la férule du régime soviétique avant de de s'installer en Allemagne en 1992, alors qu'elle est déjà une compositrice mondialement reconnue. Elle assimile toutes les techniques musicales occidentales pour mieux les oublier lorsqu’elle compose. Ses oeuvres, inspirées par sa foi, adoptent souvent une dramaturgie, opposition ténèbres lumière par exemple et sont toujours très structurées.
Kaija Saariaho (1952 - 2023) étudie la peinture et le dessin, mais décide de se former sérieusement à la musique en1976. Elle découvre la musique spectrale à Darmstadt en 1980 puis rejoint l'IRCAM en 1982 et s'installe en France. Sa musique met en avant les différents types de timbre et la résonance. C'est un des compositeurs les plus reconnus à l'heure actuelle. Son opéra Innocence donné au Festival d'Aix en Provence en 2021 donne un souffle nouveau au genre et montre qu'il peut encore surprendre et émouvoir. Le Festival Présences 2021 lui est consacré.
Unsuk Chin (1961 -) s'installe à Berlin en 1988. Elle retient de sa formation auprès de Ligeti le goût des modèles mathématiques et des jeux, jeux de mot par exemple. Elle y ajoute une attirance pour la théâtralité, le rêve et aussi pour l'exotisme, ce qui rend sa musique difficile à définir. Le Festival Présences 2023 lui est consacré.
Xu Yi (1963 -) vient suivre en France le cursus en composition et informatique musicale de l'IRCAM et obtient le premier prix de composition du CNSM en 1994 et s'installe en France. Elle est pensionnaire à la Villa Médicis de 1996 à 1998. Son procédé de composition relève à la fois du Yi Jing et de la musique spectrale. Les instruments qu'elle utilise sont à l'intersection de l'Orient et de l'Occident.
Isabel Mundry (1963 -) s'initie à la musique électronique à Berlin puis suit le cursus de composition et d'informatique musicale de l'IRCAM. Dans sa musique elle cherche avant tout à rendre perceptible la tension entre moment et durée, statisme et mouvement, densité et vide, avant-scène et arrière plan. Le positionnement des musiciens dans l’espace fait partie également de sa pensée compositionnelle.
Rebecca Saunders (1967 - ) vit désormais à Berlin. Sa musique se caractérise par l'importance donnée au timbre, à la résonance ou aux techniques instrumentales telles que le glissando. On y trouve aussi l’usage structurant du silence, une forme fragmentée et non narrative, des contrastes forts et une expressivité physique. On entend des déflagrations puis le son se désintègre. Le bruit n'est pas loin.
Olga Neuwirth (1968 - ) s'initie à l'électro acoustique à Vienne puis à l'informatique musicale à l'IRCAM, après une formation à la musique spectrale. Elfriede Jelinek, future Prix Nobel de Littérature, la choisit pour réaliser avec elle des opéras. Dans sa musique, sons instrumentaux et sons bruités, bande magnétique et électronique, se mêlent indistinctement sans que l'on puisse distinguer leur origine. Elle ressent la musique comme une défense contre la marche déréglée du monde, un doigt pointé vers l’absurdité et l’irrationnel de l’existence humaine.
Francesca Verunelli (1979 - ) suit en France le cursus de composition et d'informatique musicale de l'IRCAM puis est admise à la Villa Médicis en 2010. Basée à Strasbourg, elle partage son activité entre la composition, l’enseignement et des collaborations internationales. Dans sa musique elle cherche à « écrire le timbre dans un temps qui se fait et se défait » ce qui se traduit par des morphologies sonores évolutives, des textures en mutation, une instabilité harmonique intuitive. Elle fait preuve d'une grande rigueur dans l'architecture de ses compositions.
Clara Ianotta (1983 - ) suit le cursus de composition et d'informatique musicale de l'IRCAM puis est admise à la Villa Médicis en 2018. Elle réside à Berlin. Sa musique ne joue pas sur les contrastes ou les gestes violents. Elle agit plutôt comme un paysage sonore évolutif, mystérieux et un peu inquiétant qui brouille les frontières entre son et bruit.
Claudia Jane Scroccaro (1984 - ) suit le cursus de composition et d'informatique musicale de l'IRCAM où elle enseigne à son tour. Elle est admise à la Villa Médicis en 2024. Sa musique est énergique et dynamique, presque nerveuse, et met en évidence les contrastes. C'est un véritable contrepoint instrumental qui joue sur les timbres, les hauteurs, les attaques, les vitesses, l'utilisation de l'électronique. On y sent son attrait pour le jazz auquel elle s'initia dans sa jeunesse.
Diana Soh ( 1984 - ) suit le cursus de composition et d'informatique musicale de l'IRCAM et s'installe en France. Dans sa musique les interprètes ne jouent pas, ils interagissent, la partition devenant un système de relations plutôt qu’un déroulé linéaire. Ce théâtre de comportements sonores est pensé en termes de systèmes, avec une structure proche de logiques algorithmiques. On note une énergie rythmique forte suivie de ruptures nettes.
Pour une analyse plus détaillée, cliquez sur Voir le cours.